
Un couple retrouve la plage de ses
premières amours.
Il s'installe au restaurant
du bord de la Méditerranée.
Mais sur
l'eau, en face, le spectacle de la guerre devrait bientôt
commencer.
Il y
a
quelque chose de troublant à voir ce couple
se préparer à assister à la
guerre
comme on
vient au spectacle, et finalement s’intéresser
d’avantage au contenu de son assiette
qu’à ces pauvres malheureux qui vont se faire
massacrer.
Il
n’y a qu’un pas à franchir pour nous
imaginer
en train de regarder les malheurs du Darfour
à la télévision, tout un croquant
un morceau de pizza….
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La mise en scène et la création Lumières.
Hubert Barbier. (Professionnel)



Répétition au Théâtre de Villefranche sur Saöne (Festival Terre de Scène). Octobre 2008. Photo Dieppedalle.
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le
prologue improvisé en est d’autant plus
cocasse, mais
de quoi
s’agit-il au juste ?
De réel ou d’imaginaire,
de l’entrée, au dessert en passant par le plat de
résistance
en temps
réel, ou
d’un temps passé, présent, avenir
d’une histoire de couple qui se glisse
sur
une grande table qui n’en finit pas, d’un
bout à l’autre, et
c’est la
bonne idée,
toute une
vie à deux et avec
combien d’autres.
C’est le
mérite de cette interprétation de la
pièce de
Philippe Chignier,
mise en
jeu par Hubert Barbier, de nous suggérer plusieurs
pistes, dans une station balnéaire,
peuplée de personnages baroques, obsessionnels
chacun dans leur histoire.
Oui, ce sont
bien des mollusques, personnages pittoresques,
coquillages que l’on trouve
dans le
midi, à ne jamais s’en rassasier, comme de
la vie que l’on ressasse :
de
petites histoires où tout, et rien n’a
d’importance, un peu comme dans les vacances de Mr
Hulot…
où il se passe tout
de même de drôles de choses.
Des menaces,
des uniformes, des coups de fusil… ça se
détraque,
mais la vie continue,
enfin le
dîner.
C’est drôle, c’est burlesque, on
pourrait penser parfois à
Ionesco, c’est absurde
et chacun
y tient sa place dans l’équilibre
d’une bonne
proposition.
Bertrand Petit.
(1) Bertrand Petit. Comédien. Ecrivain. Président de Théâtre Ensemble Grenoble.
La structure dramaturgique
de la pièce ouvre de nombreuses perspectives pour la mise en
scène.
La
superposition
de la réalité du couple, banale, conventionnelle,
ennuyeuse et de la réalité
du
monde extérieur, emplie de la sombre menace d’une
guerre, permet de développer
un
univers théâtral qui s’organise
selon deux plans.
Le sentiment d'absurdité dû à la réalité d'une guerre.
Le premier plan, qui donne
à voir ce couple installé à la table
d’un restaurant,
n’est finalement pas
celui qui est appelé à intéresser en
priorité le spectateur.
L’arrière-plan, par
contre, éveille la curiosité, soit de par
la dimension burlesque des situations
ou des
personnages, soit par la
manifestation plus ou moins explicite de la guerre contre les migrants
.
La mise en scène joue sur
des effets de miroir et des effets d’écho entre
ces deux plans de réalité
et
même le troisième plan qu’est le
public.
Le
spectateur, qui est du côté où les
évènements dramatiques se déroulent
(la mer)
est sans
cesse renvoyé à lui-même,
que ce soit dans l‘image de ce couple
enlisé dans sa propre torpeur, ou dans
les évènements dont il est, par moments,
acteur
(scruté par des spectateurs qui
lui font face), ou spectateur lorsqu’il voit des
militaires en action.
Ce jeu
permanent de va et vient renforce le
sentiment d’absurdité dû
à la réalité
d’une guerre
qui
oscille du palpable au virtuel, et à l’aveuglement
total du
couple qui est pourtant en première ligne.
Le vide de la relation de couple.
Là-dessus s’ajoute
le vide
vertigineux de la relation du mari et de l’épouse.
Le
simulacre de bonheur
qu’ils s’évertuent (notamment la femme)
à maintenir semble indestructible,
malgré les nombreuses menaces qui l’entourent.
Il se joue également, de
manière souterraine, une sorte d’effet de vase
communicant entre le couple
et
le monde extérieur. Peu à peu, la tension entre
le mari et l’épouse se
transfère subrepticement
vers le
monde extérieur lorsque les
opérations militaires se mettent en place.
Au final
le transfert a été total,
et d’une certaine manière la catharsis
s’est opérée.
Un "Téléspectacle".
Le spectacle renvoie, par sa
structure et son propos, à notre propre position de
(télé)spectateurs,
lorsque
nous assistons impuissants ( ?) aux méfaits de ce
monde via les media.
D’une
certaine manière, il s’agit d’un
« téléspectacle »,
au sens où la
position du spectateur
face
à ce spectacle est du même ordre que celle que
nous
avons lorsque nous sommes devant
nos
postes de télévision. Il y
quelque chose de troublant à voir ce couple
assister à la guerre
comme on
vient au spectacle, et finalement s’intéresser
d’avantage au contenu de son assiette
qu’à ces pauvres malheureux qui sont en
train de se faire massacrer.
Il
n’y a qu’un pas à franchir pour nous
imaginer
en train de regarder les malheurs du Darfour
à la télévision, tout un croquant
un morceau de pizza….
Hubert Barbier
Metteur en scène
°°°°°° Entretien avec l'auteur °°°°°°°
- Pourquoi « Les Tellines » ?
Comme pour d’autres textes, ce
qui m’intéresse, c’est le
rapport que nous établissons
– ou non – entre notre quotidien
et l’apparente
connaissance que nous avons du monde extérieur
par le
biais de l’information.
Confronter les discours officiels multiples à nos paroles du
dedans,
et
éventuellement à nos actes.
Une
question, entre autres, aujourd’hui me
préoccupe, moi petit-fils
d’immigré,
c’est le mépris affiché pour
les
ressortissants de pays que nous avons jadis
colonisés.
Et ce
mépris, qui ne
s’est guère démenti durant le
20ème siècle,
n’avait pas encore pris,
en 2005,
quand j’ai
écrit la pièce, la tournure
dramatique que nous lui
connaissons depuis.
- Pourquoi avoir choisi une comédie ?
Peu à peu s’est
imposée la forme
d’une « farce
monstrueuse ». Le terme pouvant aussi bien
s'appliquer
à la
pièce qu’à la chose
évoquée.
J’ai situé la scène au bord de la
Méditerranée, qui marque la coupure
entre l’Europe et l’Afrique
mais
constitue
pourtant le creuset, le trait d’union entre les
civilisations dont nous avons
hérité.
Enfin,
l’image d’un
coquillage, du mollusque inerte ou de la coquille vide est
suggestive.
Je
connaissais la consommation locale qui se fait
près du delta du Rhône de ce très
modeste animal.
Il
restait à mélanger tout ça en
évitant la pesanteur… Est-ce
réussi ?
La seule
façon de le savoir est de
déguster la recette à la mode Rouge Banane.

